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Nuage 2, Hans Memling, Peter de Cupere

Dernière mise à jour : 9 juil.

Nuage/frontière

Hans Memling est un peintre-voyageur. Né vers 1435 à Seligenstadt, dans l’Allemagne actuelle, il part d’abord vers Cologne, puis Bruxelles où il travaille dans l’atelier du peintre Rogier Van der Weyden pour enfin s’installer à Bruges en 1464. Dans cette ville dépendant du Grand-Duché de Bourgogne, dirigé par Philippe III le Bon puis Charles le Téméraire jusqu’à sa mort sous les murs de Nancy en 1477, il trouve une réelle appétence pour les arts de la part de banquiers étrangers et de riches bourgeois et donc du travail. Son atelier est bientôt réputé pour ses œuvres religieuses, en majorité des triptyques de dévotion privée et des portraits. Malgré les vicissitudes guerrières et le partage des États bourguignons suite à la mort en 1482 de Marie de Bourgogne, dernière héritière du Duché, il reste jusqu’à sa mort en 1494, un des peintres flamands les plus appréciés.


Le Triptyque de la Résurrection, rentré dans les collections du Louvre en 1860, est daté des années 1490-1494, donc à la toute fin de sa vie. Dans cette œuvre de petite dimension 62 X 45 cm environ, commandée probablement pour une dévotion privée, le panneau central représente une résurrection du Christ en majesté. Vêtu d’un manteau rouge, il met un pied hors de son tombeau qu’un ange vient d’ouvrir. Encadré d’une architecture de colonnes et d’une voûte agrémentée de putti et de guirlandes, le paysage montre la ville de Jérusalem et le Golgotha. Le volet de gauche représente le martyre d’un saint Sébastien gracile que deux archers transpercent de flèches, probable saint protecteur du commanditaire. Le volet de droite quant à lui montre une Ascension peu habituelle.



A. DURER, estampe, coll. Musées de Strasbourg

Resserrés dans les 18,5 cm du volet, les douze apôtres et la vierge ont le regard levé vers les deux pieds du Christ, derniers éléments visibles de son corps ressuscité. Le reste a désormais traversé la mer de nuages et rejoint le domaine du Père, lumineux et invisible. Barrières entre le monde terrestre et céleste, les nuages font ainsi frontière et le corps du Christ a dû les transpercer pour s’enfuir vers le Ciel. Iconographie qui fût reprise quelques années plus tard en 1510 par Albrecht Durer dans l'Ascension de sa Petite Passion.

Cette représentation de la montée au ciel, de cette mer de nuages traversée et ces deux pieds « à la traîne », si elle était très sérieusement considérée au 15ème siècle, nous fait (un peu) sourire aujourd’hui.





P. de Cupere, smoke cloud, 2013. Photo de l'artiste.

Quant à l'oeuvre Smoke cloud de l'artiste Peter de Cupere ( Louvain, 1970, vit et travaille à Anvers), il faut avouer qu'elle n'a que peu à voir avec la peinture de Memling, sinon la Belgique et l'apparence. Smoke cloud de 2013 est une installation et seule la photographie/mémoire nous appelle à un déjà-vu. Il s'agit pour les visiteurs de grimper sur un escabeau pour sentir l'intérieur du nuage, à priori humide et inodore. Mais ce nuage a en réalité une odeur de gaz d'échappement qui nous ramène à la pollution et à l'état de notre planète.

Odeur dérangeante (mais jusqu'à quel point pour les urbains ?) qui n’empêche pas l'artiste d'avoir une approche poétique de ce thème contemporain et problématique.

Il est vrai que l'olfactif a peu de place dans notre compréhension des images ou des objets... Je me souviens de l'odeur des tanneries Roux de Romans, le contraste entre la beauté des peaux wet blue à peine tannées, bleu pâle sur les photos et cette extrême puanteur de chair putréfiée qui nous imprégnait lors de la visite. De fil en aiguille, ce qui est le propos de ce blog, cela me remémore Jean-Pierre Laurent (1927-2015) conservateur du Musée Dauphinois à Grenoble qui m'a accueillie lors d'un stage au tout début de ma "carrière", personnalité charismatique et (quelquefois) insupportable...Dans l'exposition Gens de là-haut, il avait souhaité mettre sous un plancher de bois, du foin fauché dans les alpages. Et le grincement des planches (l’ouïe) et la senteur des foins (l'odorat) devenaient alors des composantes indispensables à notre compréhension des granges de montagne. C'était alors une évidence, enseignement dont je lui suis redevable.


Martine Sadion

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