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Gustave Courbet et les images populaires. 2/15

Dernière mise à jour : 11 nov.

Ce sont des chercheurs américains qui, dès 1940, ont remarqué le rapport entre les images populaires et certaines peintures de Courbet. Tout d’abord, Meyer Schapiro (1905-1996), historien de l’art, enseignant et critique, publie en 1942 un article intitulé « Gustave Courbet and popular imagery, an essay on realism and naïveté », paru dans le Journal of the Warburg and Courtauld Institutes[1]. L’essai est publié en français en 1990 dans un volume Style, artiste et société rassemblant plusieurs de ses essais où l’article Gustave Courbet et l’image populaire, un essai sur le réalisme et la naïveté est traduit par Daniel Arasse[2].

Linda Nochlin (1931-2017), elle-aussi professeur et critique et connue pour sa redécouverte et sa défense des femmes-artistes dans l’art, poursuit la recherche avec son doctorat qu’elle remet en 1963 sur The development and nature of realism in the work of Gustave Courbet. Avec un enthousiasme renouvelé, elle publie aussi en 2007, dans Courbet[3], plusieurs articles dont Courbet’s Meeting : a portrait of the artist as a wandering jew. C’est aussi Timothy James Clark, professeur à l’Université de Berkeley, qui fait paraître en 1973 Image of the people : Gustave Courbet and the 1848 Revolution[4].

Citons aussi Michael Fried et son livre Le réalisme de Courbet [5] et plus spécifiquement le chapitre III consacré à La structure du regard dans un enterrement à Ornans où, s’il reprend les théories de Meyer Shapiro et ses références, il minimise cependant l’influence des images populaires au profit d’autres sources telles les caricatures et les images de presse.

Michèle Haddad, après sa thèse de doctorat en 1995 sur L’art de Courbet, transgressions/création, sources, écrit de nombreux autres articles dont Réalisme et imagerie napoléonienne chez Gustave Courbet[6]. Elle reprend les travaux précédents en précisant certaines inspirations napoléoniennes qu’elle pense avoir déterminées pour Un enterrement à Ornans. Plusieurs recherches ont complété ces découvertes et d’autres auteurs ont écrit sur le rapport entre le peintre et l’imagerie populaire, dans les catalogues des expositions parisiennes sur Courbet en 1977[7] et 2007[8], dans les catalogues du Musée de l’image à Épinal[9] et en 2019, dans le catalogue de l’exposition du Musée Fabre à Montpellier, Bonjour Monsieur Courbet[10].

Notre propos n’est pas de refaire la critique de l’œuvre de Courbet.

Mais au-delà des proximités formelles que ces historiens d’art ont déterminées et reprises et, comme Linda Nochlin[11], dans une recherche exaltée des sources possibles, il semble intéressant de pouvoir regarder les peintures en se tenant du côté des images, en les expliquant, en comparant leur sens avec celui des peintures de Courbet… et de voir si d’autres lectures pourraient être faites.

En n’oubliant jamais que les images populaires doivent se voir comme un tout, image centrale mais aussi textes qui l’accompagnent.


Remarquons tout d’abord que Gustave Courbet, dans toute sa correspondance[12] dont l’utilisation comme source permet d’éviter les sur-interprétations, ne cite jamais une image populaire, exception faite de « Malborough s’en va en guerre » à propos du « portrait historique d’un homme excentrique de son temps, l’apôtre Jean Journet » qu’il peint en 1850[13]. Mais s’agit-il de l’image ou de la chanson ? Nous y reviendrons.

Notons aussi que cette possible mise en rapport peinture/images concerne surtout des œuvres de la jeune carrière du peintre, de 1841 jusqu’à la création de La Rencontre en 1854. En dehors de cette période, les rapports envisagés de L’Aumône du mendiant en 1868 avec l’imagerie, restent une possibilité à vérifier.


Martine Sadion

[1] SCHAPIRO, Meyer, “Gustave Courbet and popular imagery […]”, in Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, LXXX, vol.4, n° 3 /4, avril 1941-juillet 1942, pp. 164-191. [2] SCHAPIRO, Meyer, Styles, artistes et société : essais, trad. Par Daniel Arasse, [et al.], Paris, Gallimard, 1990, pp. 277-328. [3] NOCHLIN, Linda, Courbet, Londres, Thames and Hudson, 2007. [4] CLARK, T.J., Une image du peuple, Gustave Courbet et la révolution de 1848, trad. Par A. M. Bony et F. Jaouën, Paris, les Presses du réel, 2007. [5] FRIED, Michael, Le réalisme de Courbet, esthétique et origines de la peinture moderne, Paris, NRF essais, Gallimard, 1993, (1ère parution 1990) [6] HADDAD, Michèle, Réalisme et imagerie napoléonienne chez Gustave Courbet, Cahiers d’histoire, 41-2, 1996. [7] Catalogue d’exposition, RMN, Paris, 1977 (Alan Bowness, Hélène Toussaint et al.) [8] Catalogue d’exposition, RMN, Paris, 2007 (Laurence des Cars, Dominique de Font-Réaulx, Michel Hilaire et al.) [9] LE MEN, Ségolène, L’Homme blessé, la complainte renouvelée par Courbet, In SADION, Martine, Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, cat. exp. Épinal, Musée de l’Image, 2009. LE MEN, Ségolène, Problèmes de genèse d’un tableau de Courbet, s. d. [10] HILAIRE, Michel, (dir.), Bonjour Monsieur Courbet, cat. exp., Montpellier, Musée Fabre, 2019. [11] « …when sitting in my obscure desk in the print room of the Bibliothèque Nationale […], I had found THE source », NOCHLIN, L., Courbet, the real allegory, in Courbet, Londres, Thames and Hudson, 2007, p. 9. [12] TEN-DOESSCHATE CHU, Petra, Correspondance de Courbet, Paris, Flammarion, 1996. [13] Lettre à ses parents, 5 août 1850, 50-6.


(Gentil) avertissement: ce texte (à l'origine partie d'un M2, UNISTRA) et les idées qu'il développe sont déposés et donc protégés. Toute utilisation devra donc préciser son origine: SADION, Martine, Les images populaires et Gustave Courbet, 2/15, mis en ligne sur uneimagenemeurtjamais.com, 2021.


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